C’est janvier, l’hiver est rude cette année, et c’est bientôt le week-end … Allez-viens, on se rue sous la couette avec un bon chocolat chaud,  un bon livre, et on voyage ensemble !


Enfant, j’étais ce qu’on peut appeler une grande lectrice.

A tel point que Madame Maranda – feu la bibliothécaire de mon village, que j’adorais – ne savait plus quoi me proposer, notamment au rayon des bandes-dessinées. Je suis rapidement passée aux romans et autres livres un peu plus complexes pour mon âge.

Il faut dire que c’était une adorable et minuscule bibliothèque de village, consistant en une pièce d’environ vingt mètres carrés, dotée pour tout mobilier d’étagères hétéroclites de bois et de fer, d’un petit secrétaire qui avait bien vécu et d’une moquette grise toute peluchée.

La bibliothèque étant à deux minutes à pieds de chez mes parents, en haut d’une très grande pente, je me revois passer mes mercredis et samedis après-midi faire des allers-retours¹, en particulier pour aller chercher des tomes de Yakari² que j’avais déjà lus des dizaines de fois :).

On peut dire que cette côte d’un dénivelé impressionnant m’aura fait faire de l’exercice ( et ça continue vu que maintenant j’habite à deux rues ), et sincèrement, Madame Maranda me manque.

A présent, je travaille beaucoup – c’est un euphémisme – et si , évidemment, je lis, j’avais vraiment ralenti la cadence donnant priorité à mon métier d’illustratrice. Oh, la grande erreur !

Les livres sont in-di-spen-sables à un imaginaire en bonne santé, et les bouder n’est pas vraiment bon signe.

Pourtant, la bibliothèque a déménagé pour un local plus grand à … trente secondes à pied de ma petite maison, je n’ai pas d’excuse.

Néanmoins, je me rattrape depuis quelques mois. Je me rattrape bien. Je dé-vore 😉

Ainsi, j’inaugure ici ce qui sera coutumier sur ce blog – des revues culturelles³, en particulier autour du monde du Livre, que j’aime si fort, et qui me rappelle à lui.

Voici donc quatre bouquins qui auront enchanté mon mois de décembre – Quatre parmi … plein ! – que je souhaite vous faire découvrir.

Je parlerai aussi des autres, plus tard 😛


Arthur and the Golden Rope – Joe Todd Stanton – Flying Eye Books – 2016.

Genre : BD-Roman graphique

Langue : Anglais

A partir de 7 ans.

Imaginez une caverne si profonde qu’elle pourrait contenir les plus grands trésors du monde, des restes momifiés des anciens monarques  aux épées luisantes brandies par des héros légendaires. De quelle manière pourrait-on entrer en possession d’une telle collection ?  Qui est le Professeur Browstone ?

Ecoutez l’histoire des premiers trésors de cette collection en suivant un merveilleux périple dans le pays des Vikings !”

Au début on a ça : le résumé du livre que j’ai traduit de l’anglais, comme j’ai pu, et une couverture sur laquelle j’ai flashé. Normal ! Un jeune aventurier, des monstres, et une corde en OR – oui, la couverture brille !

 

Venez faire la connaissance du fameux Professeur Brownstone, qui vous racontera la fabuleuse épopée familiale qui lui permet aujourd’hui d’être à la tête de la plus fabuleuse collection d’artefacts que vous ayez jamais vue, à commencer par …

L’histoire d’Arthur et de la Corde d’Or !

 

 

 

 

Simple : on suit le voyage d’Arthur, petit viking, aventurier rêveur, seul capable de ramener le Feu Sacré en son village saccagé par le mystique loup Fenrir.

Oui, c’est en anglais, mais c’est accessible. Vous pourrez le lire facilement, le partager avec vos ( des ) enfants, ça ne posera pas de problème majeur, et les illustrations parlent d’elles-mêmes.

Puisqu’on parle d’illustration : je ne connaissais absolument pas le travail de Joe Todd Stanton, qui signe ici de sa plume et de son pinceau, des illustrations naïves, riches, foisonnantes, colorées.

Fourmillantes de détails, au sein desquelles chaque petit personnage prend vie.

 

J’ai adoré certaines illustrations pleine page ou notre héros apparaît sous plusieurs coutures pour une même action – une image, toute une histoire. Le style est résolument moderne : le thème maintes fois abordé des Vikings prend ici une dimension adorable , tout en faisant honneur aux épopées Nordiques.

 

Je suis restée de longues minutes découvrir tous les trésors cachés au fil des pages – car ici, le trésor, c’est cette multitude de petites choses à découvrir.

 

Le livre semble prendre place dans une série plus large, avec, naturellement, plusieurs histoires épiques qui nous permettront de comprendre comment s’est empilée une telle collection d’objets précieux dans cette cave si cosy.

Et franchement, j’espère qu’il y aura une suite !



L’étrange peur d’Epiphanie Frayeur – Gauthier, Lefèvre – Métamorphose – 2016.

Genre : BD

Langue : Français

A partir de 8 ans

Le livre, comme le sont généralement – tous les bouquins de la collection Métamorphose, est déjà en-lui même un très bel ouvrage.

Quel plaisir de glisser les doigts sur cette belle couverture, mystérieuse, avec cette jolie petite fille craintive,  qu’on a envie de protéger ! D’ouvrir le livre et de voir les jolis motifs floraux, le beau papier, bref, un objet soigné qui sert véritablement d’écrin au récit de Séverine Gauthier et aux merveilleuses illustrations de Clément Lefèvre.

Épiphanie a 8 ans, et un énorme problème : elle a peur, TERRIBLEMENT peur de son ombre. Avec le temps, cette ombre est devenue plus qu’envahissante. Épiphanie se rend bien compte que ce curieux problème l’empêche littéralement d’avancer.

 

 

Elle se rend à la recherche du cabinet du docteur Psyche, qui, en grand professionnel, détiendrait une solution à son problème. Et puis… c’est l’aventure, évidemment !

En début de lecture, le récit peine à s’installer. D’abord intriguée et happée par la douceur mélancolique de l’introduction graphique, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire.

Cette petite phase d’approche passée, impossible fermer le livre.

Sous ses abords bd-jeunesse, le sujet abordé – la peur – se découvre sous ses aspects primaux et philosophiques.

Concernant l’écriture, la scénariste nimbe son récit de dialogues parfois loufoques, souvent profonds, plein de petites pépites de jeux de mots, qui prêtent autant à l’empathie, au sourire, qu’à la réflexion.

Les illustrations de Clément Lefèvre épousent parfaitement cette épopée mélancolique. Des personnages tous plus adorables les uns que les autres – non, mais sincèrement, comment fait l’artiste ? Impossible d’en préférer un à un autre. Certains designs m’ont tellement fait rire !

Des décors somptueux, détaillés et bruissant de petits détails – Toutefois, je reste un peu sur ma faim d’ailleurs sur certaines planches. Mais bon quand on voit le travail hein, on va pas chipoter 😉

Les couleurs, vraiment belles et nostalgiques, ne sont pas sans rappeler la poésie d’une fin XIXeme baroque et farfelue.

Au delà du conte, cette mystérieuse aventure nous prête à réfléchir sur nos entraves.

Le récit, complexe pour les plus petits, se révèlera très instructif aux côtés de maman-papa ( n’hésitez pas à jouer la PEUR huhuhu ! ). Et si vous appréciez les jolies bandes-dessinées très illustrées et graphiques, ainsi que les belles histoires, n’hésitez pas à l’offrir à l’Épiphanie qui sommeille en vous !


Le jour où le bus est parti sans elle – Beka, Marko, Cosson – Bamboo – 2016.

Genre : BD

Langue : Français

A partir de 10 ans

Soyons honnêtes : je serai passée en librairie à côté de ce bouquin, je ne l’aurai pas remarqué, ni feuilleté. Et si je l’avais fait, j’aurai pensé “c’est joli mais pas mon style” – mais quel jugement de valeurs, franchement… – et hop, oublié le livre.

Sauf que, et bien … Je l’ai reçu pour Noël, comme une blague, parce que je râle beaucoup, notamment à cause des bus ^^. Et en toute sincérité, cet ouvrage ne pouvait pas mieux tomber, et m’a fait beaucoup de bien.

Voici Clémentine. Clémentine est gourde. Elle est pas super douée dans ce qu’elle fait. Non pas qu’elle ne réussit pas vraiment sa vie, mais y’a toujours quelque chose qui foire. Evidemment,  les autres valent mieux qu’elle, et elle, elle ne sait ni qui elle est, ni où elle va.

Ainsi, elle décide de prendre les choses en main et s’inscrit pour un week-end en groupe de méditation en pleine nature. Départ en bus, routes de campagnes, arrêt-pipi dans une petite épicerie en lisière de forêt, et là, catastrophe ! Le bus repart sans elle, l’abandonnant dans ce coin paumé.

Encore un coup de malchance ? Hé, peut-être pas, cela dépend du point de vue…

Les auteurs nous livrent ici une fable contemporaine, parcourant les contes zen appliqués à nos petits tracas quotidiens et nos réflexions plus profondes, nos chemins de vie.

Les personnages sont vraiment attachants, les environnements accueillants – bref, le style graphique est populaire . En ce sens qu’il parlera au plus grand nombre, même aux personnes peu habituées à lire de la BD. Pour un tel récit, c’est indispensable. C’est efficace, et bien fait.

Un ouvrage simple, dans le bon sens du terme, bienveillant, qui m’a poussé à me questionner sur mes petits travers de vie, et vraiment, que demander de plus ? N’est-ce pas là le signe que le livre a bien fait son job ?

Une bande-dessinée à découvrir, et qui fait du bien 🙂


Nightlights – Lorena Alvarez – Nobrow – 2016

Genre : BD

Langue : Anglais

A partir de 8 ans

Cette review sera une véritable déclaration d’amour.

Je veux crier à la face du monde “ Lorena Alvarez, j’aime ton Art, j’aime ton Style, j’aime des Couleurs, j’aime tes Créatures !”; Voilà, ça c’est fait.

J’ai découvert Lorena Alvarez, une artiste colombienne,  il y a quelques années grâce à Pinterest.

J’ai eu, véritablement, un coup de foudre.

Depuis, son style s’est affirmé, toujours plus mignon, étrange, et coloré.

Lorsque j’ai vu que ce livre allait sortir, j’ai jubilé – je l’ai attendu avec une impatience grandissante, renforcée par le fait qu’il a été immédiatement en rupture de stock. C’est dire si je ne suis pas la seule à apprécier son talent.

Quand je l’ai enfin eu entre les mains, je n’ai pas été déçue, oh que non.

L’ouvrage est juste beau.

C’est en anglais, mais comme pour “Arthur and the Golden Rope”, c’est vraiment accessible.

Nous faisons la connaissance de Sandy. Sandy est une petite fille rêveuse, qui adore se perdre dans son propre imaginaire. Elle dessine toute la journée, au détriment de ses devoirs, et il faut dire que sa maman n’apprécie pas trop cela.

Mais Sandy, elle a un secret aussi. Lorsque la nuit vient, d’étranges lumières scintillantes viennent la border, et lorsqu’elle attrape une de ces lucioles, c’est tout son univers imaginé qui prend vie !

Un jour, à l’école, elle fait la connaissance d’une étrange fillette aux cheveux violets …

N’attendez pas un récit très complexe. Mais j’ai j’a-do-ré.

Le scénario est bien rythmé,et les illustrations de Lorena Alvarez retranscrivent parfaitement l’atmosphère colorée de Bogota, la petite école catholique, les créatures se nourrissant du folklore sud-américain, de créatures légendaires et d’adorables yōkai.

Sans grande surprise, mon coup de coeur 2016 🙂


C’est tout pour ce mois-ci !

J’espère que ces petites rewiews vous auront donné envie de découvrir ces ouvrages et ces artistes.

N’hésitez pas à me faire part de vos impressions.

Quant à moi, je vous souhaite une excellente année 2017 pleine de curiosité, de découvertes et de magie !


  1. Le pluriel de aller-retour est soumis à controverse, en effet on trouve des règles spécifiant qu’un « aller-retour » doit rester invariable au pluriel (comme « aller et retour »), et d’autres sources qui écrivent “allers-retours” ou “aller-retours”. Larousse valide le pluriel allers-retours. Wikipédia.
  2. Avez vous eu l’occasion de lire le dernier tome de Yakari, “Le jour du SIlence”, de Derib et Chamblain ? Moi, pas encore. Je suis inexcusable. N’est-ce-pas, Joris ^^ ?
  3. Je préfère parler de revues ou reviews culturelles, plutôt que de critique. Je n’apprécie pas le terme “critique”, un sens si péjoratif pour des articles que j’espère bienveillants. Par ailleurs, je n’écrirai pas d’articles critiquant tel livre ou tel objet culturel, car derrière chaque projet il y a des personnes qui ont travaillé dur, et le fait qu’une oeuvre ne fonctionne pas auprès du public est assez cruel pour en rajouter une couche.
  4. Je vais pas mettre de limite d’âge, hein ! Les livres, ça peut nous émerveiller que nous ayons 7 ou 77 ans comme on dit. Je conseillerai juste un âge à partir duquel l’ouvrage me semble accessible, et ce n’est qu’un avis personnel, en plus.
  5. Le Yōkai, mot japonais dérivé du chinois : 妖怪 ; pinyin : yāoguài ; littéralement : “monstre bizarre “, désigne un « être vivant, forme d’existence ou phénomène auxquels on peut appliquer les qualificatifs extraordinaire, mystérieux, bizarre, étrange et sinistre. Wikipédia.